Stephane Néfiolov

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Mai 2010

J’ai quinze ans !

Et l’amour est coupable, jaloux, exclusif, égoïste et égocentrique ! Soumis aux conditions du seul fait d’aimer qui arroge un droit de possession !

"Les jaloux sont déjà des tigres vaincus !"

Et malheureusement, tu es trop jolie pour les hommes ! Alors, ils ont peur de ton soleil, et ne pensent qu’à le mettre dans l’ombre de peur qu’il n’éblouisse d’autres hommes ! Si un jour tu tombes vraiment amoureuse, j’espère que tu sauras si l’homme que tu aimes respecte ton soleil, et en est fier jusqu’à le faire resplendir à la face du monde ! Alors, je te le dis : ce sera le bon !!!

Aujourd’hui, j’ai quinze ans ! C’est dur, l’adolescence ! Surtout si on est amoureux ! C’est pas facile d’avoir de bonnes notes en math quand on a l’âme poétesse :

"E=MC2, mon amour !"

Et si j’avais fait une erreur de calcul ? Hein ? C’est toi, Einstein, qui viendra me consoler ? Et la loi de l’attraction terrestre : je cite Newton :

"En vertu du principe de l’action et de la réaction, la force exercée par l’autre corps sur le premier doit être égale (et de direction opposée) et doit aussi être proportionnelle à m’G, la masse gravifique du deuxième corps."

Et voilà le problème dans toute la complexité de l’amour !!! Une seule petite erreur dans la proportionnelle avec l’être aimé, m’g se désagrège et m que nous appellerons "mec", perd g que nous appellerons "gonzesse" ! En maths, ça s’appelle une bulle, en amour, une rupture !

Bon ! Vu que j’étais nul en math, je peux essayer de me consoler en me disant que je ne peux pas être nul partout ! Mais c’est vrai que le pur amour ne peut être qu’une histoire d’adolescence ! T’es amoureux, t’attends ta petite, et t’as la même boule au ventre de savoir si elle viendra que d’aller regarder sur le tableau si t’as été reçu au bac !

Aujourd’hui, j’ai quinze ans ! J’en sais des choses que je ne connais pas ! Par exemple, l’heure ! C’est simple l’heure :

"Au quatrième top, il sera midi !"

Bip...bip...bip...bip... Midi ! Où est-elle ? Que fait-t-elle ? Est-ce qu’elle devine que je pense à elle ? Est-ce que...:

"Pardon, monsieur, quelle heure est-il s’il vous plaît ?

-Il est midi, mon gars ! Regarde le soleil ! Il est juste au-dessus de ta tête ! C’est pas compliqué de savoir qu’il est midi quand t’as le soleil juste au-dessus du crâne !

-Le soleil ! Yes !!! Je vais lui acheter le soleil, comme ça, je saurai toujours où elle est !

-Oui, ben avant d’acheter le soleil, tu ferais mieux de voir si il t’a pas un peu cogné trop fort sur les neuronnes !"

Bah ! Laissons le maugréant ! Je t’achèterai le soleil, mon amour ! J’ai quinze ans et toute la vie pour y arriver ! Je ferai juste attention que la lune n’en soit pas trop jalouse, pour qu’elle continue à éclairer ta peau satinée quand tu dormiras dans mes bras !

J’ai quinze ans ! Je suis amoureux et ça fait mal ! Ca me coupe la respiration, des fois. Alors, le temps de reprendre mon souffle, j’apprivoise la mélancolie. Mais je n’ai qu’une seule véritable appréhension : c’est qu’un jour, je sois guéri !

Mille milliards de soubis à tous !

SN

 

Avril 2010

 

L’auvergnat Libyen !
Elle est à toi cette chanson
Toi l’Auvergnat qui sans façon
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid...
Qui ne connaît pas cette chanson du grand Brassens ? Eh bien, cette chanson, le mois dernier, je l’ai ressentie au plus profond de moi ! C’est bizarre, la vie ! On est plein d’idées reçues ! Aussi, lorsque j’appris que j’allais faire une escale à Tripoli dans le pays du terrible Kadhafi, je me suis tout de suite demandé à quelle sauce ils allaient me manger là-bas ! J’en menais pas large ! Pour le coup, j’avais décidé de laisser tout mon bon humour dans la soute à bagages de l’avion ! Pas question de faire l’âne à Tripoli ! Je me voyais déjà emmené dans le désert dans une prison horrible, au milieu de terroristes repentis de tous les pays : des russes, des chinois, des africains rebelles, des GI gémissant sous d’atroces tortures, et moi, le breton de service, enlevé pour cause d’humour déplacé ! Outrage à agent à Tripoli, ça devait au moins valoir dans les 10 à 20 ans ! Alors, c’est clair, mon petit gars : tu la fermes !!!
Tripoli ! En descendant de l’avion, mes mains tremblaient et mon cœur cognait dans ma poitrine ! Un filet de sueur gouttait de mon front fiévreux, et ce n’était pas la chaleur ! Et puis, l’épreuve terrible que je redoutais arriva : il était là ! La mine patibulaire, les moustaches sournoises, prêt à sauter sur ses menottes pour m’attacher et m’expédier dans un camp loin de ma bonne Bretagne bien-aimée !
 Heureusement, avant de partir, j’avais prévenu tous mes bons potes de chez ma copine "Marie" qui tient un bar à Morlaix :
"Ne m’abandonnez pas en Lybie, je vous en supplie ! Si vous ne me voyez pas revenir, alertez le
Consulat ! Organisez un voyage à Paris pour aller manifester devant l’ambassade de Lybie ! Convoquez la presse internationale ! TF1 ! Antenne2 ! CNN ! Radio Canada, (J’ai une copine qui y bosse) ! Diffusez des messages sur Nostalgie, Rire et Chansons, Radio Luxembourg, la Suisse neutre ! Organisez des concerts de soutien ! Ressucitez Gainsbourg, Brel, Brassens, Ferrat, Baschung, tous mes vieux potes !   Faites appel à notre bon président et à sa bonne fée Carla ! Mais surtout : payez la rançon ! Ne marchandez pas !!!"
Et tous mes bons potes me promirent de se cotiser au cas où je serais lâchement pris en otage en Lybie ! Alors, je suis parti, tel l’Ingrid Betancourt moyenne, affronter le terrible destin qui m’attendait!
"Welcome to Lybie, sir !"
Et voilà ! Je m’en doutais ! La peur venait de me donner des hallucinations ! En face de moi, le policier au regard féroce me souriait en prenant mon passeport, et me parlait comme si j’étais un VIP !
Restons calme ! Ne bougeons pas un sourcil ! On m’avait prévenu des ruses perfides des policiers lyciens !
"Oh ! Français ! Bienvenue en Lybie, monsieur ! Votre avion redécolle dans trois heures, mais vous avez accès à la cafétéria de l’aéroport. Si vous voulez fumer, il y a un espace prévu pour les fumeurs. Je vous souhaite une très bonne escale à Tripoli, monsieur."
Et voilà ! Je me retrouvais dans l’espace réservé au transit, et miracle : on pouvait fumer ! Entre temps, j’étais passé au rayon X comme dans tous les aéroports, mais tous les douaniers m’avaient souri. Les femmes qui travaillaient aussi à la sécurité, portaient le tchador à leur gré. Aucune obligation ! Certaines, tête nue, étaient fort jolies, et ne se privaient pas de vous sourire !
J’en ai vu quelques-uns, des aéroports ! Mais je peux vous jurer que le plus cool de tous, c’est bien celui de Tripoli ! Dommage par contre, il n’y avait pas de distributeur Mastercard. Seulement un changeur Visa. D’ailleurs, si vous voyagez en Afrique, prenez-vous une carte Visa ! Il n’y a que ça là-bas. C’est ainsi qu’au bout d’une petite heure, je me décidais à racler le fond de mes poches pour m’acheter un café. Il me restait 1 euro 90 cts ! Un bon café, ça allait me réveiller ! Il était aux environs de 6 heures du matin. Je m’approche près du bar, et je demande poliment au serveur s’il prenait les Euros. Il me répondit dans un anglais impeccable qu’il n’y avait pas de problème, et que le café était à 2 euros ! Raté ! C’est bête, hein ? Pour 10 cts, j’étais fait aux pattes, et je n’aurai pas mon café !
Je retournais donc à ma place fumer ma énième cigarette, lorsqu’un homme d’une trentaine d’années s’est approché de moi, et m’adressa la parole dans un très bon anglais :
"Bonjour, monsieur. Excusez-moi de vous déranger, mais il m’a semblé que vous aviez un petit problème, au bar. Est-ce que je peux me permettre de vous rendre service ?
- Non, je vous remercie, monsieur. Vous êtes très aimable. Mais, malheureusement, il n’y a pas de distributeur Mastercard dans l’aéroport, et je n’ai que 1 euro 90 sur moi. C’est trop bête, le café est à 2 euros !
- Laissez-moi vous offrir un café ! Ce n’est pas un problème, et cela me ferait plaisir de vous rendre ce service !
- Ecoutez, vous êtes vraiment trop gentil, mais dans ce cas-là, je vous prie de prendre mes 1 euro 90.
- Monsieur, ce serait une insulte ! Vous êtes sur le sol de ma patrie, et je ne saurai laisser un visiteur dans le désagrément dans mon pays. Je vous offre ce café, monsieur. Et c’est de tout cœur !"
Je ne pouvais refuser. Mon hôte de l’aéroport a commandé 2 cafés, et nous nous sommes assis à une table comme de vieux amis. Il s’envolait pour Londres. Le café était très chaud. Et c’est à ce moment que l’on m’a appelé pour rejoindre mon vol. J’avais mon café brûlant à la main, et mon nouveau pote libyen est venu m’accompagner à la porte d’embarcation qui était toute proche de notre table. En me voyant m’approcher, le policier qui contrôlait les billets d’embarcation et les passeports m’a regardé, et dans un grand sourire, il m’a dit :
"Regardez la queue ! Vous avez largement le temps de finir votre café à table avec votre ami ! Ne vous inquiétez pas ! Donnez-moi votre passeport que je l’enregistre, et je vous ferai signe quand il sera temps pour vous d’embarquer !"
Et voilà ! Je m’envolais trois-quarts d’heure après de Tripoli ! Oh, Kadhafi ! Le monde a peur de toi ! Je ne sais exactement le pourquoi du comment ! Mais une chose est sure, c’est que ton peuple est aimable, serviable, respectueux de l’étranger, et semble vraiment heureux ! Rien que pour cela, tu ne dois pas être si mauvais que ça ! Aussi, tel le Brassens remerciant l’Auvergnat d’une chanson, je te remercie mon ami Libyen qui m’a offert ce café qui m’a fait tant de bien au corps et au cœur, et je suis fier de te dédier cette modeste "Lettre du mois" !
Que Dieu te garde, mon premier ami libyen ! Que Dieu te garde !
Mille milliards de soubis à tous !
SN

 

Mars 2010

Africa, tu es grande !
Je ne pourrai jamais oublier de toute ma vie, ce 2 mars 2010, où pour la première fois je foulais la terre du Bénin.
3 h.30 du matin ! Mais pourquoi ont-ils installé le chauffage à l’extérieur ? Chez nous, le chauffage est dans la maison, et la climatisation dehors ! Là-bas, c’est l’inverse. Amine Laourou, président du Salon International des Poètes Francophones, est là pour m’accueillir, avec Jean-Louis Lokossou, son bras droit dans l’organisation du salon ! Il y a aussi Nabel, le guinéen, qui sera l’œil du Salon, la caméra sans cesse allumé, à l’affut de tout ! Comme une panthère tapie qui surveille ses petits ! Notre avion a eu deux heures et demie de retard, mais leur sourire est sans ambages :
"Bienvenue au Bénin !"
Un empire, un royaume pour une bière et une cigarette ! 4h du matin, nous voilà installés à la terrasse d’un petit bar à côté de mon hôtel. Le nom de l’hôtel : "Peace and love" ! Et on entame le rap :
"Stéphane Néfiolov,
à l’hôtel Peace and Love,
arrivé sur les genoux
dans la ville de Cotonou !"
Une jolie réceptionniste me tend ma clé. Le nom de ma chambre : "Don de Dieu" ! Je lui souris et lui dis :
"C’est comme cela que m’appelait ma mère !"
Elle rit, et je rajoute :
"Mais dommage que c’était la seule !"
3 heures de sommeil, et tout va s’enchaîner à une vitesse vertigineuse. 9h : conférence de presse. Puis, radios, et connaissance de tous les participants au Salon. Le Québec est représenté en forte délégation, le Luxembourg, le Bénin, le Japon, la France, la Bretagne par votre serviteur, et bien d’autres pays d’Afrique !
L’ouverture est proclamée avec l’exposition de toiles peintes par Chantal Monteil, la toulousaine : ECOUTEVOIR ! Sur les toiles, des poèmes d’Atchi Tin-Rha, poète béninois exilé à Toulouse. Les vers me bouleversent, les toiles sont magnifiques ! Amine Laourou ouvre officiellement le Salon dans un court discours, et ne peut cacher son émotion !
Enfin la scène ! Ian Fournier, auteur-compositeur québécois chante son pays. Ses mélodies du froid dans la chaleur de la soirée à Cotonou, donnent au public un frisson de bonheur. Ian est heureux ! Cela se sent ! Cela se respire dans les si jolis morceaux qu’il nous interprète et que tous les béninois ont déjà adoptés ! Et puis, le prince Jasmin , présentateur de la soirée et également slameur de grand talent, enchaîne les présentations. Des sommités du pays sont là. C’est très solennel. Bouleversé, le poète béninois Barnabé Laye exilé à Paris et qui revient dans son pays, se voit remettre le prix "Emile Nelligan" pour l’ensemble de son œuvre. Ce grand monsieur maintes fois primé pour ses recueils, laisse son cœur parler, et l’on devine l’intense émotion qui l’étreint d’être ainsi accueilli sur sa terre natale !
C’est déjà la fin de cette première soirée. Tous les artistes montent sur la scène. C’est beau, c’est grand, et je suis ébloui.
Le lendemain, c’est à mon tour d’ouvrir la soirée. J’ai rencontré dans l’après-midi un extraordinaire percussionniste congolais : Tony Kingston. Je l’invite à partager 3 morceaux avec moi. On se met dans un coin pendant deux heures, et l’on travaille l’affaire.
20h30. J’ai chaud ! Est-ce la chaleur, ou la peur que ma musique ne séduise pas l’Afrique ? Et voilà : la bête est lâchée sur la scène !
40 minutes ! C’est déjà fini ! Ai-je chanté ? Je descends de scène, et je lis dans les yeux du public. Oui, j’ai chanté ! Et le regard de l’Afrique a l’air heureux. La grande chanteuse béninoise Nila vient m’embrasser.
"Tu m’as bouleversée, me glisse-t-elle à l’oreille."
Puis, elle va monter sur la scène, et me bouleverse à son tour de sa voix cristalline, accompagnant les vers magiques de son partenaire qui déclame son poème avec une voix puissante à la Barry White !
Tendo Taijin du Japon, déclame en japonais et provoque une standing-ovation ! Extraordinaire choc des cultures qui fait trembler la terre de Cotonou ! Joël Des Rosiers, l’haïtien, porte avec respect la douleur du drame qui vient de toucher son pays, mais ses vers incarnent la résurrection et la reconstruction. L’espoir de tout un peuple !
L’après-midi à l’hôtel, mon ami le prince Jasmin et moi-même avons travaillé un slam de sa composition. Je remonte sur la scène et entame le rythme. Les mots de Jasmin viennent prendre la cadence de mon jeu. Et le mariage de ma rythmique et de sa voix a quelque chose de solennel ! Le public ne s’y trompe pas, qui nous accorde une formidable tempête de reconnaissance par ses applaudissements. C’est grandiose dans mon coeur ! Et je sais que ça l’est aussi dans le coeur de Jasmin.
Puis, tous les artistes montent sur la scène, et viennent danser derrière moi sur "Histoire de Reggae" !
"I want jamming, jamming, I want jamming with you !"
Et tout le monde danse sur ma musique ! Inoubliable !!!
Je croise le regard de Judith-Bernice Adivignon, poétesse béninoise, et son sourire est comme un cadeau du ciel ! La femme béninoise au sommet de sa beauté et de son talent !
1h30 du matin. Malgré l’intense soirée, je n’ai pas sommeil. Je veux aller jouer dans les bars du Bénin. Mon nouvel ami, Jean-Louis Lokossou est d’accord pour m’accompagner. Les autres me prennent pour un fou. Qu’importe ! Nous partons dans la nuit à la recherche d’un endroit où je pourrai jouer vendredi. Nous entrons dans un club de jazz, je discute avec le patron, et l’affaire est conclue pour ce vendredi. Il y a aura cinq musiciens avec moi ! Yes ! Ca c’est la classe !
Le jeudi soir, place à la poésie. Et mon coeur chavire entre les vers bouleversants de Nora Atalla du Québec, les poèmes de la guerrière Claudine Bertrand, du Québec également, la noirceur des thèmes d’Alexandre Faustino, encore le Québec, la philosophie subtile de Lambert Schlechter du Luxembourg, et de tous ces autres artistes merveilleux d’Afrique. L’intensité de la soirée est immense.
Et voilà ! Déjà vendredi ! Le temps file à la vitesse d’un Airbus. Il survole toutes ces frontières qui n’existent plus. Que tous, nous venons de gommer dans un élan de rencontre inarrêtable. Et cela m’inspire cette phrase :
"Les politiciens construisent les frontières, les artistes les abattent !"
22h ! Je suis au Folley’s Jazz club dans un quartier de Cotonou ! Les musiciens ne sont pas encore là. J’en profite pour faire une balance avec ma guitare. Alex, le boss de l’endroit, fait tout ce qui est en son pouvoir pour me mettre à l’aise et m’aider dans la technique ! Trop top !
Et je me mets à chanter tout seul :
"Roots, rock, reggae, it’s a reggae music !"
Et les musiciens arrivent ! Ils découvrent d’un air halluciné ce petit blanc qui chante Marley ! Ils se branchent vite fait, et viennent finir le morceau avec moi ! Et la magie de la musique s’opère ! Et on enchaîne ! Reggae, salsa, Afrique,;;; Ils jouent sur ma musique, je joue sur la leur ! Jean-Louis Lokossou et Nabel avec sa caméra viennent d’arriver ! Ils n’en croient pas leurs yeux ! Tout groove, danse, respire, comme si cela faisait dix ans que nous jouiions ensemble !
4h du matin ! Cela fait 5h qu’on joue ! Jean-Louis m’attrape par la chemise et me dit :
"Il faut rentrer maintenant, mon frère ! Demain, tu as une télévision à 9h du matin !"
Je quitte mes nouveaux potes, la mort dans l’âme. Mais c’est écrit : nous rejouerons ensemble.
Samedi, 9h du matin. J’ai à peine dormi 3 heures. Et paf, me voilà sur un plateau de l’ORTB, la chaîne principale du Bénin. Le présentateur est sympa. Nous sommes tous sur le plateau. Ian nous interprète un de ses morceaux. Un air à la Brassens qui nous explique quel est le fruit qui inspire le mieux l’envie de faire l’amour. Et c’est la mangue. Je mettrai un lien sur le site de mon ami Ian, et vous irez écouter. Puis, après quelques interviews, c’est à mon tour. Je fais swinguer "Sage indien du sud". Ma voix est un peu éraillée, mais ça va ! Les gens autour de moi se mettent à balancer sur le plateau. Jamais je n’oublierai cette image. Ma musique plaît à l’Afrique, et je suis le plus comblé des chanteurs de la terre !!!
Et c’est déjà le soir ! la soirée de clôture. En invité guest-star, il y a Dac Jack, un chanteur très connu au Bénin. Il joue un morceau dans la langue béninoise, qui semble faire chavirer le coeur des filles. J’ai le privilège d’avoir Judith Adivignon à mes côtés, plus belle que jamais. je me penche vers elle et lui demande :
"Mais que dit-il exactement ?
-Il dit à sa bien-aimée, que si elle reste, il lui achètera le soleil ! me répond-elle.
-Attends ! je reviens, lui fis-je mystérieusement."
je me glisse par les côtés, monte sur la scène, et au moment où Dac Jack entame son dernier refrain, je reprends en choeur derrière lui en français :
"Je t’achèterai le soleil !"
Et toutes les filles se mettent à hurler ! Dac Jack a un grand sourire ! Encore une rencontre magique !
Et c’est la fin. Comme toujours, c’est moi qui clôture avec ma guitare pour faire monter une dernière fois tous les artistes sur la scène. J’entame ma version de "Je suis venu te dire que je m’en vais" du grand Serge, et tout le monde est ému sur la scène. Le public tape des mains en cadence et n’en finit plus d’applaudir. Ce moment n’est pas un moment : c’est un privilège !!!
Minuit ! Nous partons danser dans une boîte de Cotonou ! Il y a un super orchestre. Ils sont au moins 8 ou 9 sur la scène. Salsa à l’honneur, et ça groove de tous les côtés. A un moment de la soirée, l’orchestre entame un vieux blues à la BB King. Le chanteur black pointe son doigt vers moi et lance au micro :
"Do you have the groove ?"
Pardon ? Je monte sur la scène, saisit un micro, et me mets à hurler dedans tel le Joe Cooker moyen :
"Do you want a fight of voices with me ? (Tu veux un combat de voix avec moi)"
Et c’est parti ! A lui, à moi ! Les filles hurlent dans la boîte ! Les musiciens sont morts de rire et n’en croient pas leurs oreilles ! Le chanteur qui combat est le chef du groupe ! Et le petit blanc est en train de lui péter la gueule ! Mais il n’y a pas de vainqueur en musique ! Il n’y a que l’émotion qui triomphe, et la voix du peuple qui est notre seule maîtresse ! Je sers la main de tous, et je m’enfuis dans la nuit béninoise ! Avec mon pote Jean-Louis, on va au petit bar boire des bières et parler jusqu’à l’aube...
Dimanche, 23h. Je hais les aéroports. Mais ils sont venus me dire au-revoir. Mes amis Amine Laourou, Jean-Louis Lokossou, Etienne le plasticien, Jasmin, prince du Bénin. L’après-midi, nous venions d’êtres reçus par les quatre rois et la reine des cinq provinces du Bénin. La veille, le professeur écrivain Thomas Mahougnon Kapko, un grand homme, nous avait reçu chez lui comme le seigneur qu’il est.
"Nul ne peut connaître l’échec s’il ne tente pas l’aventure !" avais-je soufflé à l’oreille de la reine qui me raccompagnait en s’inquiétant de l’avenir du Salon des poètes. Elle m’a alors sourit en me disant :
"Vous êtes un grand sage, le breton !"
Je hais les aéroports ! Et mon avion s’est envolé ! Je regarde par le hublot, et je m’aperçois que j’ai oublié plein de choses à Cotonou : mon coeur, une partie de mon âme, et ma voix abandonnée dans un night-club de la ville. Il faudra bien que je revienne les chercher !
Mille milliards de soubis à tous !
SN

Février 2010

On a vendu le PAU de l’ours !
Cette semaine avec Mémé, on est descendu dans le Béarn, histoire de voir si la béarnaise se portait bien ! Eh bien, nous pouvons confirmer que la béarnaise se porte à merveille, et que le béarnais est un homme heureux ! On s’attendait à découvrir le secret du PAU aux roses, et on l’a découvert. Eh, j’allais quand-même pas vous faire la ringarde du manque de PAU ! Ca, ça ne marche que pour Calais, et c’est une coluchienne : en effet, Calais dans le Pas de Calais, c’est dur quand t’as fait des bornes pour y arriver ! Eh ouais, de Bruxelles, ça fait une trotte !
A PAU, on a vu plein de gens : des belges qui devaient avoir des origines japonaises vu qu’ils n’ont pas arrêté de nous prendre en photo, (à voir dans la rubrique photos en cliquant sur le lien PAU 2010) ! Encore des belges qui se sont installés dans la région ! Des russes, une creusoise, une irlandaise, quelques basques, une demie-sicilienne égarée dans le Triangle, (mais pas des Bermudes, celui de PAU). Car il y a un Triangle à PAU, et c’est là qu’on a joué chez Eric, qui tient un caf-concert top niveau, où tout est fait pour la musique, le théâtre, les comiques, etc... Ca s’appelle le "Showcase", et franchement, je vous recommande l’endroit ! Et en plus, ça coûte pas le PAU des fesses !
Là, c’était le côté PAU de fer, et le lendemain on est parti joué sur le côté PAU de terre, dans un pub irlandais tenu par notre nouveau pote Thierry, et le bar est à peu près aussi grand que les plaines du Connemara ! Il y a des billards partout ! Je les ai pas comptés vu que je suis limité en maths, mais il y en a des boules et des queues qui se traînent sur tous les tapis ! A faire pâlir de jalousie un émir qui croyait que son harem était le plus grand du monde ! Ah ouais, l’endroit s’appelle le "Red lion", et effectivement, les deux lions que nous sommes Mémé et moi, sommes repartis le soir après le concert un peu red !
Le "Red lion", avant d’être devenu le bon pub irlandais d’aujourd’hui, était il y a fort longtemps l’emplacement des écuries du bon roi Henri IV ! Mais pourquoi cet idiot s’est-il levé de son PAU de chambre pour aller se faire trouer le Pau  par un certain Ravaillac ?
La Nostalgie, camarade, aurait pu dire Gainsbar !
Bon, par contre, pour le PAU au feu, heureusement que Mémé et moi on avait amené nos allumettes, car je croyais qu’il pleuvait beaucoup en Bretagne, mais à PAU, ils n’ont rien à nous envier ! Et là-bas quand ça pleut, c’est pas les mêmes gouttes que chez nous ! Qu’est-ce qu’elles sont grosses les gouttes à PAU ! Comment on dit déjà ? Ah, oui : il pleut comme vache qui pisse ! Eh ben, vous pouvez me croire, le PAU de vache, il doit vachement picoler pour pisser autant ! Faudrait lui brosser le cuir de temps en temps à la mémère meuh-meuh ! Ben oui, ça lui tannerait le PAU !
Pour info, nos potes anglais pour dire "il pleut comme vache qui pisse", disent :
"It’s raining cats and dogs !"
Ce qui signifie pour les non initiés à la langue british : il pleut des chats et des chiens ! Je m’imagine me ramasser un siamois ou un bouledogue sur  la tronche ! Rien que pour ça, je préfère encore le PAU au lait de la bonne vieille vache béarnaise !
Enfin, comme vous voyez, on s’est bien marré à PAU ! On est revenu avec le PAU de chagrin d’avoir quitté si vite nos nouveaux potes béarnais. Mais comme souvent en tournée, Mémé et moi on a toujours des conneries à se raconter dans la voiture, je peux vous dire qu’on avait pas oublier de remettre sur le retour : notre PAU d’ânes !
Mille milliards de soubis à tous !
SN

Janvier 2010

J’ai été viré !
Par un beau matin du dernier mois de décembre, j’ai senti qu’il y avait de l’eau dans le gaz dans ma maison. Je regardais ma gonzesse, et je voyais bien que ses yeux ne me renvoyaient plus le reflet du Dieu tout puissant que j’étais jusqu’alors. C’est bizarre, l’amour ! Ca s’en va et ça revient, comme disait le célèbre poète Claude François dans les années 1970, sauf que dans mon cas, c’est parti et c’est pas revenu ! Ma dulcinée a plongé son regard dans le mien, et au lieu de me réchauffer le cœur de ses yeux langoureux, j’ai ressenti un vent glacial venu de Sibérie, annonciateur d’une tempête à en faire frémir un ours blanc ! Et patatras, le coup de tonnerre m’est tombé dessus :
"Je t’aime plus !"
J’ai tenté de naviguer quelques instants dans le blizzard, pour finir par comprendre que le réchauffement de la planète ne serait plus jamais d’actualité sous son toit.
Au fond, je la comprends un peu, ma gonzesse. Elle avait rencontré Dieu, et elle s’apercevait qu’il n’était même pas un des plus petits saints du paradis. Alors, j’ai ramassé toutes mes affaires, et c’est là que je me suis rendu compte que toute une vie d’un petit chanteur comme moi pouvait tenir dans une voiture !
Et puis, je me suis mis à rouler sans véritablement savoir ce que j’allais devenir. Je repensais à la phrase de Balavoine dans "Mon fils, ma bataille" :
" Si ils savaient que pour toi avant, de tous les chanteurs j’étais le plus grand !"
Et ça m’a un peu réchauffé le cœur, parce que lui il avait vendu beaucoup de disques, et il lui était quand-même arrivé la même chose qu’à moi.
Et puis, je suis arrivé à Morlaix, et j’ai foncé dans le bar de ma copine Marie pour retrouver mes potes. Ils sont sympas, mes potes ! Il y en avait même qui ne pouvaient se résoudre à comprendre comment un si sup’gars comme moi pouvait être viré. C’est là qu’on remarque ces petites rides aux coins des yeux des célibataires qui traînent un peu trop tard dans les bars, qui plissent le regard pour qu’on ne devine pas qu’un jour ils avaient eu le cœur brisé en mille morceaux.
Tout cela pour vous dire que si j’ai un vœu pour 2010, c’est celui de vous demander d’être un peu compréhensifs avec les loups solitaires qui abusent trop souvent de la vodka. Et si vous en entendez un qui se laisse aller sous vos fenêtres un peu trop tard le soir, dites-vous simplement qu’au fond, vous avez bien plus de chance que lui ! Et rendormez-vous gentiment sans pester après l’abruti qui aurait pu trouver un autre endroit pour hurler sa douleur et vomir sa solitude.
Bon ! Mais c’est pas le tout, me v’là célibataire ! Et ça, c’est quand-même le bon côté de la médaille ! D’abord, si je fais une connerie, il n’y a que moi qui m’auto-engueule, et comme je suis indulgent de nature, je m’en sors pas trop mal dans l’affaire. Et puis maintenant, j’ai le droit de regarder les filles. C’est vrai qu’avant, je le faisais aussi. Mais un peu comme un lycéen qui va fumer dans les toilettes. Tandis qu’à présent, j’ai réinstallé le si beau sourire sur mon visage qui faisait se battre les lycéennes avides de sensations fortes, et hardi poussez-vous, l’aventure, c’est l’aventure !
Mais c’est des fois mal foutu, la vie ! Car le jour de l’an, (et rendez-vous dans la galerie photos en cliquant sur "My new look), je me disais que j’allais bien rencontrer une bretonne abandonnée à qui je pourrais remonter le moral, histoire de bien démarrer l’année pleine de mystères qui m’attend. Eh bien, figurez-vous qu’il n’y avait que des femmes mariées ! Il y en avait même qui se « pouillavaient » avec leurs mecs !
Ah, je vous le dis : l’être humain n’est jamais content ! Quand il est seul, il hurle comme un loup solitaire, et dès qu’il est pris au piège, il rêve d’une liberté dont il n’a même pas idée du prix qu’elle coûte !
Mille milliards de soubis à tous !
SN