Stephane Néfiolov

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 Avril 2011

Yovo à Cotonou !
« Yovo ! Yovo ! »
Une ribambelle d’enfants m’entoure en rigolant ! Yovo ! Le blanc ! Ils me regardent avec curiosité. Mais il n’y a pas d’agressivité dans leurs yeux. Plutôt des interrogations auxquelles leurs parents n’ont pas dû leur donner d’explication. C’est l’innocence. C’est pardonnable. Mais, certaines fois, ce sont les adultes qui m’accostent. Avec tantôt dans le regard, un air de se foutre de moi, tantôt un air de me demander :
« Qu’est ce que tu fous là, le blanc ? »
La plupart du temps, ce ne sont pas des intentions méchantes. Mais ça me fait du mal quand même. Et je réagis selon mon humeur. Des fois, quand ils me disent Yovo, ou « le blanc », je leur réponds :
«  Ta maman t’a pas appris à dire monsieur ? »
Ou :

«Djomido makbotché ! (Laisse moi tranquille ! En fon, la langue de Cotonou) »
Des fois, je me dis que je ne suis pas venu changer toute la façon de penser des africains. Et je souris. D’un air aussi condescendant que leur façon de m’aborder. Heureusement, il y a tous mes amis béninois. On parle beaucoup de tous ces problèmes entre les blancs et les noirs. Ces problèmes qui perdurent depuis la colonisation. Cinquante ans, pourtant ! Cinquante ans d’indépendance du Bénin. Mais les africains n’oublient pas vite. Leurs grands-pères ont raconté à leurs pères qui racontent à leurs enfants. Le temps où il fallait faire profil bas devant les français. Et mes amis me demandent de comprendre. Ce à quoi je leur réponds :
« Et nous ! Nous aussi, nous avons été envahis par les allemands ! Il n’y a pas si longtemps que cela ! Et maintenant, ce sont nos plus proches partenaires ! »
Mais il n’y a pas cette différence de peau. Cette différence que je combats depuis si longtemps dans mes chansons. Cette différence qui me fait mettre hors de moi quand elle se manifeste sur le sol breton. Et qui me rend si triste, maintenant que j’en suis la victime sur le sol africain.
Je réfléchis. Je me dis qu’il y a vingt ans, personne n’aurait misé dix cents sur un président noir aux Etats-Unis en 2010 ! Et je suis fier de cette victoire ! Comme si elle m’appartenait ! Comme si tout mon combat avait un sens. Et aujourd’hui, au cœur de l’Afrique, au cœur de cette différence de couleur, je m’interroge. Et je sais que si les hommes comme moi ont gagné bien des batailles, nous n’avons pas encore gagné la guerre. J’étais l’homme qui défendait. Je suis maintenant parfois ici, l’homme qui se défend. Et je prêche ! Je prêche la fraternité. Le devoir commun que nous avons d’éradiquer tous ces préjugés. Cela porte souvent ses fruits. C’est fastidieux, mais le chemin de la paix universelle entre les hommes ne se construira pas en si peu de temps. Je ne suis qu’un modeste cantonnier parmi les cantonniers. Mais la route que nous bâtissons est celle sur laquelle je veux voir marcher nos enfants. Ce sera la plus belle avenue du monde. Et elle fera le tour de la terre. D’immenses ponts traverseront les océans et les mers pour ne jamais l’arrêter.
En fait, cette route sera celle qui aura triomphé de l’ignorance. Car là est bien le mal. L’ignorance ! Dans certaines contrées reculées du Bénin, les gens sont encore contre le préservatif, car ils disent que ce sont les français qui l’ont emmené en Afrique pour ne pas que les africains se reproduisent. Cela vous fait sourire ? Pas moi ! C’est encore une fois la preuve que les politiques ne se soucient guère des petites gens. Et pourtant, le premier devoir d’un état n’est-il pas de préserver la santé publique ?
D’accord ! Là, j’accuse les politiques africains ! Mais regardez ce qui se passe en ce moment en Lybie ! Le pouvoir de Kadhafi est contesté par son peuple. La révolution gronde ! Et qu’ont trouvé de mieux les occidentaux pour s’ingérer dans l’histoire intérieure d’un pays africain ? C’est de bombarder le pays à tout va, pour se venger d’un homme qui leur a toujours ri à la figure.
Bombarder la terre d’Afrique ! Les américains, les français, les allemands et leurs petits camarades, ne s’imaginent pas le mal que cela peut faire dans le cœur d’un africain. Même si celui-ci hait Kadhafi, il ne peut admettre que des étrangers viennent encore une fois de plus faire la loi en Afrique ! Et je les comprends ! Est-ce que l’Europe serait heureuse de voir le Bénin bombarder la Belgique pour donner raison aux wallons ou aux flamands dans leur conflit intérieur ? Pas de comparaison, me dites-vous ? Posez-vous bien la question !!!
Les occidentaux n’ont pas tiré les leçons de l’Irak ! Ils ont vaincu le dictateur, mais ils ont laissé derrière cette victoire, le chaos et le désarroi d’un peuple qui aujourd’hui meure de faim ! La belle victoire que voilà !!!
Trois mois, mes amis ! Trois mois que je ne vous avais pas écrit ! Peut-être, maintenant comprenez-vous le besoin de recul qu’il me fallait ? Ma Bretagne me manque. Mais la fascination de l’Afrique qui m’habite, n’a pas encore donné à mon cœur l’envie de rentrer au pays.
L’enregistrement de mon album aura du retard. Je pense que ce dernier ne verra pas le jour avant l’année prochaine. Mais il faut laisser le temps au temps. Et ici, le temps ne se compte pas en heures. Ni en jours, ni en mois ! Ici, le temps appartient au temps ! Non aux hommes !
Mille milliards de soubis à tous !
SN

 

Décembre 2010

Le père Noël est un poète !   

Les racines

Nous ne sommes que des arbres soumis aux caprices du temps. Ainsi, perdre une grand-mère, c’est comme perdre une racine qui nous tient sur la terre ! Alors, on se sent plus fragile, plus soucieux des lendemains qui arriveront avec cette racine en moins pour nous soutenir dans les tempêtes ! Mais, quand les tempêtes reviennent, on s’aperçoit que la racine que l’on a perdu nous permet encore de tenir debout ! Car avant de nous quitter, la racine a donné la force aux autres de nos racines, pour que nous ne tombions pas ! Et c’est tout surpris d’être encore debout, que l’on s’aperçoit que la racine est toujours là !   
SN

Le cil

S’il bat, le cil oscille
Vers des langueurs dociles
Aux promesses tactiles,
Faites de bas résilles
Et de plaisir facile !

SN

Ta bouche

Lorsque tu me susurres... « oui »,
Enjôleuse et consentante,
Tendres, fougueuses et abandonnées,
Tes lèvres ont la saveur d’un fruit.


Et lorsque tu dis... « non »,
Ma peine est déroutante,
Et tes lèvres sevrées
Au puits tari de ma désillusion !
SN

J’ai peur de demain

J’ai peur de demain

Et je pleure dans mes mains

Un ami de passage

Et un amour défunt

Je ne veux plus aimer

Ni donner ma confiance

Je préfère me saouler

De vin et d’abstinence

J’ai peur de demain

Et je pleure dans mes mains

La beauté du rivage

Où errent encore les âmes

De la femme que j’aimais

De cet ami lointain

Qui m’avaient rendu sage

Heureux et mélomane

 

J’ai peur du passé

SN

 

Les promesses

 

Les promesses ont déjà, à peine prononcées,

Pour ceux qui les entendent le parfum des regrets,

Comme des cendres froides dans un cendrier

Que l’on n’a pas encore vidé.

Les promesses ont ce don d’impunité

Que leur confère le temps qui viendra les tuer,

Elles sont déjà remplies d’excuses nuancées,

De peur un jour d’être jugées.

 

Ne lis jamais les yeux de celui qui promet,

Si dans quelques années tu veux encore l’aimer.

Et surtout si tu l’aimes, ne le fais pas jurer,

De peur de le perdre à jamais.

Les promesses sont belles et douces à prononcer,

Comme le chant des sirènes tu peux les écouter.

Mais ne brûle pas ton cœur à croire en leur beauté,

Ne les laisse pas te consumer !

 

Ou tombe, et tombe,

Et tombe, et tombe,

Aux illusions perdues.

 

Les promesses ont souvent cette douceur fragile

Des lendemains qui chantent aux oreilles juvéniles.

Elles savent consoler et flatter l’espérance,

Pour se donner bonne conscience.

Les promesses ont aussi cette force imbécile

De se croire invincibles en s’appelant serments.

Elles peuvent ainsi s’y voir alors indélébiles,

Méprisant le respect du temps.

 

Mais sache pardonner à celui qui promet,

Si aux chants des sirènes il n’a pas résisté.

Ou bien sur ton passé, ne te retourne jamais,

De peur d’y trouver des regrets.

Les promesses sont belles et douces à prononcer,

Mais chacun d’entre-nous a su les écouter.

Aussi, ne laisse pas ton cœur s’y abreuver,

De peur un jour de le briser.

 

Ou tombe, et tombe,

Et tombe, et tombe,

Aux illusions perdues !

SN (Extrait de l'album "Voilà", en écoute dans "téléchargements")

 

Le tigre mélancolique (1)
Le tigre fixe la lune. Hypnotisé par la lumière de l’astre, il dessine de son imaginaire sur le disque éclairé dans l’espace, les formes de la douce panthère noire dont il est amoureux, Le cœur du tigre vibre d’un sentiment "kaléidoscopique", oscillant entre le bonheur béat de revoir sa panthère, et une mélancolie latente de la savoir si loin de lui.
Emane aux alentours, des senteurs bercées par un silence étrangement respectueux. Des senteurs nomades qui ne resteront pas. Muses itinérantes. Ombres des pas du tigre. Elles restent les gardiennes d’un amour rarissime entre un tigre poète venu de Sibérie, et une panthère guerrière venue d’Afrique de l’ouest !
Reflet optique de deux regards qui s’attendent et se croisent dans l’espace, une lumière scintille du rayonnement d’une étoile au dessus de la lune. Les fauves se font l’amour derrière cette lumière, paravent cosmique protégeant pudiquement leurs ébats enivrés de passion éternelle, et le diamant sacré d’une promesse tenue.
S.N.
 

Le tigre mélancolique (2)
C’est un petit d’homme. Il ne sait pas lire dans le regard des fauves. Il a peur. Le tigre le contourne, ne montre pas les crocs, rentre ses griffes. Il sait que l’enfant est terrorisé. Il sait aussi que cet enfant devenu grand sera le prédateur de ses propres enfants. Mais le tigre est magnanime et ne saurait condamner l’innocence. Il jette un dernier regard au petit d’homme, comme pour lui faire comprendre qu’un jour ce dernier devra payer cette dette au bout de son fusil. La vie d’un autre tigre dépendra alors du respect de cette dette.
En s’éloignant de sa démarche seigneuriale, le tigre est bien pensif. Déjà, depuis longtemps, il devrait être père. Mais le chemin sera encore semé de pièges. La route lui demandera beaucoup de ruse et d’intelligence pour ne pas s’égarer aux chants des beaux parleurs porteurs de montres en or.
Voilà ! Bientôt la nuit ! Enfin, le tigre peut avancer à pas immobiles vers la seule destination que lui guide son cœur. Il n’a qu’à projeter son regard plus loin. Là où seul un sentiment aveugle peut s’aventurer sans tomber dans aucune embuscade, guide éclairé sans malice aucune. Ce sentiment qui conduit le fauve en ignorant le doute vers la conquête de son Graal. L’ultime étape où il trouvera la paix. Et où il construira sa première et dernière demeure. L’antre de quiétude qui verra grandir d’étranges enfants aux yeux multicolores, nés d’un amour "inconventionnel" entre un tigre de Sibérie et une panthère noire africaine. Maintenant, le tigre peut dormir. Il connaît son chemin pour demain
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SN